Vous êtes fort. Oui.
Mais notre monde est impitoyable.
Le stress nous guette à tous les coins de rue.
Notre culture basée de plus en plus sur la performance et le matérialisme fait que nous nous croyons acculés à tout contrôler nous-même.
Notre esprit est fait pour lutter, soit.
Depuis que le premier organisme vivant sur terre est apparu, sa préoccupation a été de survivre.
Cet instinct de vie, nous l’avons, encore et pour toujours, inscrit dans nos gènes.
Une des émotions principales qui nous aide dans ce processus, c’est la peur.Pourquoi?
C’est elle qui nous dicte qu’il y a lieu de prendre des dispositions pour sauver notre vie.
Elle est nécessaire.
Mais transposée au 21ème siècle, elle devient celle qui nous fait parfois perdre nos moyens.
Il est empoissonnant, au sens littéral du terme, d’avoir constamment peur de faire le mauvais choix lorsque l’on cherche à tout maitriser.
Les conditions dans lesquelles nous devons survivre actuellement sont biens différentes des temps préhistoriques.
Ce cerveau reptilien qui pouvait suffire lorsqu’il s’agissait d’affronter un mammouth, ne peut plus assumer et trier à lui seul (fuite, lutte, abandon) les 60 000 pensées par jour qui le traversent !
Et pourtant, notre idéal est de tout vouloir contrôler
Notre temps, notre corps, notre travail, les relations avec nos proches et notre famille…notre vie quoi.
Vous croyez souvent avoir la liberté de choisir la vie que vous souhaitez.
C’est votre fantasme.
Et, loin d’alléger notre bien-être, cette façon de vouloir vivre représente un nouveau poids.
Le sociologue Alain EHRENBEG (la fatigue d’être soi, dépression et société, poche 2010) résume en cette phrase le phénomène « l’individu conquérant est en même temps un fardeau pour lui-même ».
C’est une charge que de devoir s’adapter en permanence pour rechercher la complète maitrise de soi en toute circonstance.
Vous vous mettez en situation d’être en tension permanente aussi bien physiquement que psychiquement.
En bref, en état de stress permanent.
Avec toute les conséquences que cela aura inévitablement un jour.
Vous perdez aussi l’envie d’aller jusqu’au bout de vos plaisirs.
Vous le bouder, vous le juguler, vous le considérez comme une menace ; en somme vous voulez contrôler aussi vos pulsions émotionnelles.
Mais chercher à refouler son inconscient…est-ce bien raisonnable?
Comme si se laisser aller à la liberté d’être était une faute à ne pas commettre.
La charge est lourde.
Pourtant, combien sommes-nous à nous l’imposer.
N’avez-vous jamais eu envie de fredonner une chanson, et puis, de vous priver de le faire.
Cela m’arrive quand ma fille est là
Elle me fait le reproche d’essayer, me rappelant (à très juste titre d’ailleurs) que je chante comme une casserole.
Alors, je « maîtrise » et je me prive de ce petit plaisir de la vie quand elle est là.
Ne me jetez pas la pierre.
Je sais que je ne suis pas le seul, que ce soit pour la chansonnette, ou le fait de se promener avec une seule chaussette ou de manger son poulet avec les doigts.
Ce sont là des petites choses insignifiantes mais nous fonctionnons de la même façon pour nos désirs plus profonds, plus ardents.
Nous voulons bien sûr aussi contrôler notre temps.
Quand l’homme a commencé à se sédentariser, les choses étaient plus faciles que maintenant.
L’élevage, la culture…il vivait au rythme des saisons.
Maintenant, nous cherchons à rentabiliser au maximum notre temps.
Nous ne sommes plus que ce que nous produisons, ce que nous faisons.
La société est devenue pragmatique.
Nous accumulons les activités, en en coinçant une ici et l’autre là.
Et pour chacune, il faut impérativement « arriver à temps ».
Sans quoi nous risquons d’être en retard pour la suivante.
De leur côté, les nouvelles technologies font que nous ne sommes plus jamais en dehors du monde extérieur mais en lien permanent avec celui-ci, de façon intemporelle.
Si nous avons une minute de liberté, nous en profitons pour ouvrir notre boîte mail ou aller sur facebook.
De plus en plus de gens deviennent adeptes du « remplissage », esclaves de la quantité.
Sournoisement, le mal nous guette de nous définir uniquement dans l’action.
Du coup, un moment de vide, et c’est l’effondrement.
On nous apprend de plus en plus jeune à devenir comme ça.
Combien de fois, seulement enfant, entendions-nous déjà le retentissement d’une voix qui nous criait le célèbre mais non moins perturbant « ne perds pas ton temps » ou « tu perds ton temps » !
Perdre son temps ? Ou ça ?
Au W.C., quand nous en profitons pour lire notre B.D. favorite, alors que ce que nous avions à y faire est terminé (oui, bon…).
Ne dit-on pas des moments où l’on s’interrompt que ce sont des « temps-morts ».
Temps mort ? De quoi ? Où ? Comment ?
Vous avez déjà assisté à l’enterrement du temps ?
Quelle horreur ; j’imagine déjà le cortège funèbre, composés de ceux qui attentent de prendre sa place à force de n’avoir jamais su profiter de sa compagnie.
Brrr, que l’expression est glaciale alors qu’il est en réalité si bon de trouver justement des moments où l’on ne fait rien.
Cela nous échappe.
Et votre santé vous file entre les mains.
Vous me croirez ou non.
J’ai passé plus de 13 mois à l’hôpital, et bien, il m’arrive de me rappeler à quel point il était parfois bon de ne rien faire, couché sur mon lit laissant libre cours à mes idées vagabondes.
J’y suis retourné en 2010.
Avant cela, j’avais dépensé beaucoup d’énergie.
Trop. Mais je ne le réalisais même pas.
J’ai dormi pendant trois jours.
Sans avoir pris mon « relaxant » avant d’être opéré (je consomme déjà assez de saloperies comme ça) et bien, il a fallu me réveiller pour aller en salle d’op.
Et là, on m’a tapé dans un coin, tout nu sous mon drap, parce qu’il y avait une urgence avant moi (décidément, le temps encore et toujours).
Et il n’a pas fallu trois minutes pour que je me rendorme.
L’anesthésiste a dû me réveiller pour m’endormir.
Nous ne nous rendons plus compte à quel point nous usons notre santé à « courir derrière le temps ».
Ça doit bien le faire marrer de nous voir courir comme des dératés derrière lui en y laissant notre santé.
Et en essayant de «rattraper le temps perdu ».
Parce que nous ne l’avons pas vu passé.
Non, décidément, ça ne va plus.
Le temps qui fuit ?
Il n’a pas tort, quand il voit ce que nous voulons faire de lui.
N’est-ce pas plutôt nous qui lui tournons le dos ?
Ne croyez-vous que plus souvent il vaudrait mieux prendre du bon temps ?
Moi, j’ai assez pris le vôtre aujourd’hui.
Tchao. A bientôt.
Et surtout, en attendant,
COOOL, NO STRESS, VOUS AVEZ LE TEMPS…


